À Marseille, Carbon ambitionne de relancer l’industrie solaire française

Installée sur le port de Marseille, la start-up industrielle Carbon s’est donné pour mission de réimplanter en France l’ensemble de la filière solaire, de la fabrication des lingots de silicium jusqu’à l’assemblage de panneaux photovoltaïques. Un projet d’envergure qui s’inscrit dans la volonté nationale de souveraineté énergétique et de réindustrialisation.

Fondée en 2022, Carbon projette, à partir de 2025, de construire la première « mégafactory » solaire européenne capable de produire chaque année 5 gigawatts (GW) de modules. L’usine, qui devrait employer plusieurs milliers de personnes à terme, vise à rivaliser avec les mastodontes asiatiques—la Chine concentrant aujourd’hui plus de 80% de la capacité mondiale de production de panneaux photovoltaïques.

L’ambition est de taille alors que la France, et l’Europe dans son ensemble, ont vu la quasi-totalité de leur industrie solaire migrer vers l’Asie au cours de la dernière décennie. Ce phénomène a été accéléré par la déferlante de modules à bas coût venus de Chine, qui a rendu non viables de nombreux sites européens. Conséquence: la filière locale s’est effondrée, rendant l’Europe largement dépendante des importations pour mener sa transition énergétique.

Carbon souhaite inverser la tendance. Pour cela, la start-up bénéficie de plusieurs atouts. D’abord, elle entend maîtriser l’ensemble des maillons de la chaîne de valeur, de la transformation du silicium—matière première clé—à la fabrication de cellules et de modules, tout en misant sur l’innovation technologique pour proposer des rendements supérieurs. Selon ses promoteurs, cela permettrait d’offrir des produits compétitifs, à faible empreinte carbone et répondant aux enjeux de traçabilité exigés par l’Union européenne.

À Marseille, le choix du port de Fos-sur-Mer n’est pas anodin. Le site offre de vastes terrains industriels, un accès aux infrastructures logistiques et énergétiques, ainsi qu’une proximité avec les marchés méditerranéens et africains. De plus, le projet s’appuie sur une volonté politique forte : dans un contexte de tensions sur l’approvisionnement énergétique et d’exigence de réduction de l’empreinte environnementale, la France cherche à retrouver un leadership industriel sur les énergies renouvelables.

Le financement constitue néanmoins un défi de taille. Avec un investissement total estimé à près de 1,5 milliard d’euros pour la première phase, Carbon s’appuie sur le soutien des pouvoirs publics nationaux et locaux, sur des subventions européennes, et sur l’appétit des investisseurs privés pour la décarbonation de l’industrie. Le succès du projet sera aussi conditionné à la capacité à attirer et former une main-d’œuvre qualifiée, alors que les compétences industrielles dans le solaire ont été en grande partie perdues.

La start-up bénéficie cependant de l’effet d’entraînement d’un marché en forte croissance. L’Union européenne s’est fixé pour objectif d’atteindre 600 GW de capacité solaire d’ici 2030, contre moins de 200 GW aujourd’hui. Le besoin en panneaux est donc massif. Mais faire renaître une filière industrielle présente de nombreux obstacles : maîtrise technologique, coût des matières premières, concurrence des acteurs asiatiques, et surtout, la nécessité de trouver des débouchés stables, alors que les appels d’offres publics restent largement dominés par les importations.

Pour Carbon, le pari est risqué, mais crucial. En réimplantant la filière solaire sur le territoire, c’est tout un écosystème industriel qui pourrait renaître. Le site de Marseille-Fos ambitionne ainsi de devenir la vitrine d’une renaissance industrielle « verte » à l’échelle européenne, dans l’espoir d’entraîner dans son sillage de nouveaux acteurs et de contribuer à l’indépendance énergétique du continent.

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