L’ancienne école hôtelière de Lausanne s’impose sur le terrain convoité des business schools mondiales

Longtemps cantonnée à la formation de l’élite hôtelière, l’École hôtelière de Lausanne (EHL) opère depuis quelques années un repositionnement stratégique remarquable, qui la place désormais parmi les institutions les plus prisées de la sphère économique internationale. À force d’adaptations audacieuses et de partenariats ciblés, l’ex-école dédiée aux arts de l’accueil attire aujourd’hui les vœux de futurs banquiers, consultants ou créateurs de start-up, bien loin du seul univers du palace.

Fondée en 1893, l’École hôtelière de Lausanne a d’abord bâti sa réputation en formant des directeurs d’hôtels luxueux du monde entier. Un passage par l’EHL ouvrait autrefois les portes des grandes maisons, du Crillon à Paris au fameux Ritz de Londres. Mais depuis une dizaine d’années, la mutation du secteur de l’hospitalité et les nouvelles attentes des recruteurs ont poussé l’institution suisse à élargir son horizon. Désormais, la majorité de ses diplômés ne prend plus la direction d’un 5 étoiles, mais rejoignent les rangs de banques prestigieuses, de sociétés de conseil comme McKinsey ou encore d’entreprises innovantes issues de la tech.

Cette nouvelle dynamique résulte d’une refonte profonde des cursus. L’EHL a, par exemple, renforcé sa dimension managériale et financière : cours d’analyse des marchés, formation à la gestion d’actifs, interventions de dirigeants de groupes internationaux s’ajoutent désormais aux traditionnels ateliers de service ou d’œnologie. « Nous formons des managers polyvalents, capables de piloter de grands projets et d’évoluer dans tous les secteurs », souligne le directeur académique de l’école. Résultat : chaque année, les principaux cabinets de recrutement internationaux se pressent lors des journées entreprises organisées sur le campus de Lausanne ; la banque Rothschild, KPMG ou encore EY figurent parmi les employeurs les plus fidèles de ces jeunes diplômés.

Autre axe majeur de cette transformation : l’internationalisation galopante du réseau de l’EHL. L’établissement revendique plus de 120 nationalités au sein de ses promotions et possède trois sites en Suisse et un campus associé à Singapour. Cet écosystème cosmopolite lui confère un rayonnement inédit auprès des recruteurs mondiaux. « Un tiers de nos diplômés sont embauchés avant même l’obtention de leur diplôme, souvent à l’étranger, dans les directions des plus grands groupes multinationaux », détaille la responsable des relations entreprises.

Ce succès s’explique aussi par la culture d’excellence et la singularité du modèle lausannois. Chaque élève, quelle que soit sa filière, commence par une année d’immersion complète dans tous les métiers de l’hôtellerie, du room service à la gestion événementielle. Cette expérience forge une capacité rare à anticiper les besoins des clients, à gérer efficacement le stress et les imprévus – des qualités primordiales, selon les professionnels de la finance ou du conseil, pour les postes à hautes responsabilités. Le réseau des anciens, fort de 25 000 membres dans 150 pays, agit comme un accélérateur de carrière non négligeable.

À l’heure où les business schools historiques voient leur prestige concurrencé par les nouveaux venus des pays émergents, l’EHL joue la carte de la différenciation. L’institution suisse mise sur sa triple expertise – hôtellerie, management, entrepreneuriat – pour séduire celles et ceux qui visent la direction générale d’entreprises internationales, tous secteurs confondus. Une mue réussie qui pourrait bien inspirer d’autres écoles en quête d’excellence et de diversification.

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