L’enseignement de l’économie au lycée en question : la fabrique d’électeurs passifs plutôt que d’entrepreneurs

Au sein du système éducatif français, les cours d’économie dispensés au lycée jouent un rôle de plus en plus central dans la formation des jeunes. Pourtant, leur finalité soulève de nombreuses interrogations. Selon Pierre Bentata, économiste et essayiste, l’enseignement de cette discipline ne prépare pas véritablement les élèves à devenir des acteurs de l’économie, encore moins des entrepreneurs, mais tend plutôt à former des citoyens au comportement électoral passif.\n\nLa réforme des programmes scolaires, engagée depuis plusieurs années, a permis à l’économie de gagner en visibilité dès la classe de seconde générale, avec l’entrée en vigueur du tronc commun Sciences économiques et sociales (SES). Cependant, cette évolution quantitative ne s’est pas accompagnée d’un renouvellement profond du contenu ou de la méthode pédagogique. L’accent continue d’être mis sur l’acquisition théorique de concepts, tels que la croissance, le chômage ou l’inflation, au détriment d’une véritable culture de l’initiative et de la compréhension de la prise de risque.\n\nLa figure de l’entrepreneur, moteur de l’innovation et du développement économique, demeure largement absente des manuels et des séances de classe. Les élèves découvrent peu les réalités concrètes de l’entreprise, la complexité de la création d’activité ou l’importance du droit à l’erreur. En lieu et place, l’enseignement verse souvent dans l’analyse macroscopique et la réflexion sur les politiques publiques, laissant de côté l’apprentissage des questions pratiques telles que la gestion d’un projet, la créativité ou l’économie de marché en action.\n\nLe message implicite envoyé aux lycéens est clair : l’économie serait avant tout affaire d’État, de régulation centralisée et de redistribution, plutôt que d’initiative privée ou de responsabilité individuelle. Cette vision contribue à façonner une génération d’électeurs informés sur les grands équilibres économiques, mais passifs quant à leur rôle possible dans la création de valeur ou d’emplois. Face à un avenir incertain et une économie mondialisée, cet apprentissage risque de se révéler insuffisant pour affronter les défis du XXIe siècle.\n\nPierre Bentata s’alarme de cet écart entre le discours officiel, qui vante l’esprit d’entreprise et la créativité des jeunes, et la réalité scolaire, où la prise d’initiative et l’expérimentation sont peu encouragées. Il regrette que l’école ne joue pas pleinement son rôle de révélateur et d’accélérateur de talents. Le manque de contact avec le monde de l’entreprise, l’absence de témoignages d’entrepreneurs et la faible place accordée à la pratique contribuent à alimenter le désintérêt pour la création et l’innovation.\n\nPlaider pour une réorientation de l’enseignement économique au lycée ne revient pas à négliger l’importance de la réflexion civique ou du débat sur les politiques publiques. Il s’agit plutôt d’inviter les responsables pédagogiques à rééquilibrer les contenus, afin de permettre aux jeunes d’acquérir non seulement les connaissances nécessaires à la compréhension des enjeux sociétaux, mais aussi les compétences et la confiance pour s’engager activement dans le tissu économique.\n\nÀ l’heure où la France cherche à stimuler l’entrepreneuriat et à préparer la future génération aux mutations du travail, la formation des lycéens doit évoluer. Elle doit valoriser l’action, encourager la prise de risque mesurée et offrir un aperçu concret des opportunités et des contraintes auxquelles fait face tout entrepreneur. Un chantier ambitieux pour repenser l’école comme un véritable tremplin vers la vie économique, et non un simple atelier de fabrication d’électeurs passifs.

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