Quand la critique de la Fed s’exporte : l’offensive de Donald Trump inspire les populistes européens

La critique de la Réserve fédérale américaine (Fed) s’invite désormais au cœur du débat politique européen. Dans le sillage des attaques répétées de Donald Trump contre l’institution monétaire des États-Unis, plusieurs figures majeures de la sphère populiste européenne, du Français Jordan Bardella au Britannique Nigel Farage, reprennent à leur compte les accusations de mainmise technocratique et de déconnexion du pouvoir financier. Une dynamique qui intervient alors que les sujets économiques s’imposent comme des enjeux primordiaux à quelques jours des élections européennes et dans un contexte d’inflation persistante sur le Vieux Continent.

Depuis des mois, Donald Trump ne ménage pas ses critiques contre la Fed, accusant la banque centrale américaine de ne pas s’aligner sur ses ambitions économiques, en particulier sur la question des taux d’intérêt. Cette offensive, qui vise à dénoncer ce qu’il considère comme un frein à la croissance et à l’emploi, fait désormais office de modèle rhétorique à l’étranger. Nombre de responsables politiques européens ont observé l’efficacité de cette posture qui oppose clairement le pouvoir démocratique à une institution indépendante, peu transparente selon ses détracteurs.

En France, Jordan Bardella, président du Rassemblement national et chef de file du parti pour les élections européennes, s’est récemment distingué à travers plusieurs sorties sur l’indépendance de la Banque centrale européenne (BCE). S’inspirant implicitement des méthodes de communication de Trump, Bardella reproche à la BCE, sur la question de la lutte contre l’inflation, un manque de pilotage démocratique et une insensibilité aux difficultés traversées par les ménages populaires et les PME. À ses yeux, la politique monétaire actuelle, calquée sur celle de la Fed, serait « déconnectée des réalités du terrain ».

De l’autre côté de la Manche, l’ex-leader du Brexit, Nigel Farage, multiplie également les saillies contre la Banque d’Angleterre, qu’il accuse de favoriser les grands établissements financiers au détriment de « l’économie réelle ». Dans ses récents discours, Farage assure que l’Union européenne comme le Royaume-Uni ont « importé les pires habitudes » des technocraties américaines et que la voix des citoyens est systématiquement étouffée par « une caste économique internationale » qui gouvernerait en dehors de tout cadre démocratique réel.

Cette convergence de tons et de thèmes dans les discours populistes européens n’est pas le fruit du hasard. Elle répond à un malaise croissant, alimenté par la hausse des prix, la persistance d’un chômage structurel élevé dans plusieurs États membres et la perception d’une impuissance des gouvernements nationaux face à la globalisation des enjeux monétaires. Les partis populistes y trouvent un terrain fertile pour renforcer leur base électorale, en se posant en défenseurs du « pouvoir d’achat » et de la « souveraineté économique ».

Selon plusieurs analystes, ce phénomène pourrait bien s’accentuer avec la montée de l’incertitude mondiale. En effet, la stratégie de Donald Trump, qui consiste à présenter la Fed comme l’incarnation d’un establishment insensible aux réalités, trouve un écho particulier auprès des électeurs européens défiants à l’égard des institutions. Cela inquiète la classe politique traditionnelle qui voit poindre le spectre d’un affaiblissement de l’indépendance des banques centrales, pourtant considérée jusqu’ici comme un rempart nécessaire à la stabilité économique.

Face à cette nouvelle donne, la BCE et les autres institutions monétaires européennes tâchent de justifier leur action par davantage de pédagogie et de communication. Mais l’on ne sait encore si ces efforts suffiront à enrayer la défiance. À mesure que les échéances électorales approchent, la question du rapport entre pouvoirs démocratiques et supervision monétaire s’invite au premier rang des débats. Reste à savoir si cette « trumpisation » du discours économique, qui traverse désormais l’Atlantique, modifiera en profondeur l’architecture du pilotage économique en Europe.

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