Le paysage économique mondial traverse une phase de turbulences inédites, marquée par l’émergence de puissances asiatiques et le recul relatif de l’Occident. Dans ce contexte, Branko Milanovic, économiste reconnu pour ses travaux sur les inégalités mondiales, estime qu’un retour à l’idéologie néolibérale ne semble plus envisageable. Selon lui, l’heure est désormais à la réflexion sur l’élaboration d’un nouveau système s’adaptant à cette redistribution des forces économiques et politiques.
L’essor des économies asiatiques, à commencer par la Chine, a profondément modifié les équilibres planétaires construits durant l’ère néolibérale, caractérisée par la globalisation des marchés, la dérégulation financière et la priorité donnée à l’ouverture commerciale. Ce « choc asiatique » s’accompagne d’un déclin relatif des pays occidentaux, confrontés à une croissance atone, une inflation persistante et des tensions sur leurs marchés de l’emploi. Ces bouleversements remettent en question les fondements du capitalisme moderne et de ses institutions financières.
Parallèlement, Milanovic pointe l’émergence d’un national-libéralisme, nouvelle doctrine qui conjugue le contrôle étatique et la défense des intérêts nationaux avec certaines logiques de marché. Cette évolution traduit la remise en cause des dogmes favorisant la libre circulation du capital et l’hyper-mondialisation, illustrés récemment par de nouvelles politiques industrielles, la relocalisation de certaines chaînes d’approvisionnement ou encore la montée du protectionnisme.
Cette reconfiguration intervient dans un contexte d’incertitude accrue pour les ménages et les investisseurs, souvent exposés à la volatilité des marchés financiers et au risque inflationniste. Les banques centrales, soucieuses de contenir la hausse des prix sans étouffer la croissance, naviguent à vue sur le plan des taux d’intérêt, rappelant la fragilité du système bancaire moderne et la nécessité de réinterroger la concentration de l’épargne dans des produits financiers standardisés.
Face à ce climat d’incertitude, la question de la protection de l’épargne revient au premier plan. Si les actifs financiers traditionnels peinent à rassurer en période de volatilité, de plus en plus d’épargnants s’interrogent sur l’intérêt de diversifier leur patrimoine, notamment en se tournant vers des actifs tangibles. L’intérêt croissant pour l’or, les métaux précieux, l’immobilier, ou encore certains actifs alternatifs comme les vins rares ou les pièces de collection traduit ce besoin de matérialiser la valeur dans un nouveau cycle économique moins lisible et plus fragmenté.
Pour Milanovic, le défi consiste aujourd’hui à repenser les règles du jeu du capitalisme, dans un environnement où les réponses keynésiennes ou néolibérales n’apparaissent plus pleinement adaptées. La question n’est plus tant de savoir dans quelle direction évoluera l’économie mondiale, mais plutôt de réfléchir à la construction de dispositifs de protection de l’épargne et de mécanismes de régulation mieux adaptés à la multipolarité et à la volatilité croissante des marchés.
La redéfinition des politiques monétaires, la relocalisation partielle des chaînes de valeur et l’engouement pour la diversification patrimoniale traduisent autant de signes d’un changement d’époque. Pour les acteurs économiques, à commencer par les ménages et les investisseurs, l’heure est désormais à la vigilance et à l’anticipation, afin de s’adapter à une ère nouvelle qui n’a pas encore pleinement défini ses contours.







